Semaine immersion Nicolas Maurel

du 5 au 9 février 2018

Journée du lundi 5 février

8h-9h30

Temps d’échange entre Nicolas Maurel, danseur-chorégraphe avec Mélanie Marie de l’A.ssociation M.ouvement A.rtrope, et les élèves de 4ème A et E du collège Maurice Genevoix

 

R e t o u r  s u r  A r r ê t s  d e  j e u

 

Pour commencer, retour sur le spectacle Arrêts de jeu de Pierre Rigal à la Maison de la Culture de Bourges le 10 janvier dernier. Réflexion sur la banalisation de la violence dans le sport (l’art comme une parade possible ?). La violence à tout prix devient alors la norme (Est-ce l’individu qui fait la société ou la société qui fait l’individu ?)

 

► dimension politique, géopolitique du sport (ex : les JO de Berlin en 1936, Hitler se sert de cet événement pour faire la propagande du nazisme ; autre ex : les JO d’hiver de février 2018 en Corée du Sud - le dictateur nord-coréen Kim Jong-un veut envoyer une délégation sportive alors que les tensions sont fortes entre les deux pays voisins à cause des tirs de missiles et des essais nucléaires nord-coréens).

 

► parallèle avec les jeux dans la Rome Antique. Jules César, à qui on attribue la célèbre formule « du pain et des jeux », avait bien compris comment maintenir la paix romaine. Il lui suffisait de distribuer du pain et d’organiser des jeux pour s’attirer les faveurs du peuple.

 

► petite parenthèse culturelle : les Jeux Olympiques sont nés dans l’Antiquité pour permettre aux plus valeureux guerriers des cités grecques de se mesurer hors temps de guerre. Ils avaient lieu à Olympie tous les quatre ans. C’est Pierre de Coubertin qui restaure les JO en 1896 à Athènes. Il travaillera sans relâche pour le développement des JO modernes.

 

La réflexion sur le sport a entraîné une réflexion sur les loisirs. La Révolution industrielle entraîne l’exode rural. Les villes se développent. Les conditions de vie s’améliorent petit à petit. On peut consacrer du temps pour les loisirs comme le cinéma des frères Lumière, le sport, la musique, le théâtre, la danse, les fanfares, le bal… Le corps est l’objet d’attentions à travers la résurgence du naturisme, du culturisme, etc. entraînant parfois des dérives conduisant jusqu’à l’embrigadement des foules à travers leur participation à de grands événements populaires.

 

L a   p l a c e   d e   l a   f e m m e   d a n s   l a   d a n s e

 

Nicolas nous présente deux figures marquantes de la danse :

 

Isadora Duncan (1877-1927) : danseuse américaine qui a révolutionné la pratique de la danse (grande liberté d’expression qui privilégiait la spontanéité, le naturel, l’abandon des chaussons de pointe pour les danseuses…). Elle a apporté les premières bases de la danse moderne européenne, à l’origine de la danse contemporaine.

 

Joséphine Baker (1906-1975) : danseuse et meneuse de revue américaine, elle adopte la nationalité française en 1937. Pendant la seconde Guerre Mondiale, elle joue un rôle important dans la Résistance à l’occupant. Elle va utiliser sa popularité pour la lutte contre le racisme et pour l’émancipation des Noirs, en soutenant notamment le mouvement de Martin Luther King. Elle adopte des enfants de toutes origines et crée une famille "monde" qu’elle chérira par-dessus tout défendant les valeurs humanistes auxquelles est fut tant attachée.

 

Puis Nicolas revient sur les représentations des danseuses par l’artiste Degas. Derrière l’image délicate, précieuse et parfaite de la danseuse, se cache une triste réalité : au 19ème siècle, à l’Opéra de Paris, il n’est pas rare que la danseuse vende ses charmes à un riche bourgeois qu’elle rencontre alors au foyer, une fois les danses d’opéra réalisées par le ballet (pendant que l’épouse officielle continue d’assister à la représentation). La danseuse est donc asservie à l’homme et se doit de lui plaire (entre misères et grandeurs). Il en est de même hélas aujourd’hui en Russie dans les célèbres ballets du Bolchoï du Kirov ou encore dans le milieu du cinéma avec l’affaire Weinstein : le cinéma vend du rêve, l’envers du décor est bien plus cruel, bien plus sordide.

 

Pour prolonger la réflexion sur la place de la femme, Nicolas revient sur une légende normande. Nicolas vit à Falaise en Normandie. C’est là qu’est né Guillaume le Conquérant au XIème siècle (le Normand qui va conquérir l’Angleterre quand bien des siècles plus tard, en 2014, on commémorera les 70 ans du débarquement allié en Normandie, reconnaissant enfin que cette libération a fait des centaines de morts parmi les civils). Guillaume le Conquérant, également connu sous le nom de Guillaume le Bâtard, est le fils de Robert le Magnifique et Arlette de Falaise, la fille d’un tanneur. La légende raconte leur rencontre ainsi : « Un jour, alors que Robert revenait de la chasse, il aperçut Arlette lavant du linge à la fontaine. Ce fut le coup de foudre. Le soir venu, Robert envoya quérir Arlette pour qu’elle vienne au château. Elle n’accepta de s’y rendre seulement le lendemain en plein jour et à cheval en passant par l’entrée principale, fière et digne. » Nicolas et Mélanie ont réinterprété cette scène librement en inversant les rôles : tandis que Nicolas lave un sac plastique au lavoir, Mélanie monte sur son dos pour qu’il la porte. Elle se retrouve de fait en position de supériorité.

 

 

 

 Site internet A. M. A

B i l l y   E l l i o t

 

 Puis on a abordé la question du genre dans la danse avec le film de Stephen Daldry, Billy Elliot qui est une comédie britannique. Billy vit dans un univers masculin où on est mineur et boxeur de père en fils. Lui aime la danse classique que pratiquent majoritairement les filles dans les années 1980. Il devra aller jusqu’à la rupture avec sa famille pour vivre sa passion. Il sera un des rares garçons à intégrer une école de danse.

9h30-10h

Les élèves prennent leurs carnets de bord (notes, impressions, traces…)

 

10h-10h30

Arrivée de Nina de la Belle Orange.

 

Nina présente le Blog qu’elle a créé. Nicolas revient sur le droit à l’image, un des rares droits qui n’est pas encore bafoué et que l’on défend farouchement. Il souligne l’importance qu’il accorde à l’image dans le processus de création, celui dans un monde d’images qui permet également, tel un miroir de se réapproprier ce qui peut construire sa propre personnalité et asseoir ses propres (re-)présentations.

 

10h30-12h 

Les temps de pratique.

 

-temps 1 : échauffement

-temps 2 : diverses expériences proprioceptives et exercices sont proposés. On brouille les schémas de perception classique ; on perd ses repères et réflexes en reconnectant différemment ses corps physiques et nerveux pour libérer notre imaginaire et le mettre au service de la construction de nouveau chemin de mouvements.

14h-16h

Tout le monde au Gymnase Dalonneau.

 

- Reprise de la phrase dansée collective travaillée en atelier le 17 novembre (activité en cercle)

 

- Constitution de six groupes de travail pour s’approprier la phrase dansée (détournements, ajout de mouvements, transformations, métamorphoses…)

 

- Passage des élèves devant leurs pairs sur de la musique.

Journée du mardi 6 février

8h-12h

En raison d’importantes chutes de neige, les transports scolaires ne sont pas passés. Seuls dix-huit élèves sont présents sur les trente-et-un de la classe « danse ».

 

Après un bon échauffement, Nicolas demande aux élèves de traverser le gymnase en réalisant des mouvements imposés puis les groupes reprennent la phrase travaillée la veille en essayant d’amplifier les mouvements.

 

L’essentiel de la séance porte sur une activité d’écriture par le corps. Nicolas demande aux élèves d’écrire le mot DANSE avec leur corps, dans l’espace en exploitant tous ses plans : vertical, horizontal, et sagittal. Les élèves travaillent individuellement.

Puis ils sont réunis pour donner à voir des tableaux à neuf puis à six où ils doivent écrire individuellement le mot DANSE tout en appartenant à un groupe.

Pour finir, Nicolas leur propose de composer puis danser un mot « mystère », celui de leur choix.

14h-16h

Salle Pierre Meunier. 

 

Pendant que les élèves complètent leurs carnets de bord avec des croquis, des dessins de mouvements, des impressions, chaque élève passe devant la caméra bienveillante de Nicolas pour proposer son interprétation du mot DANSE et/ou son mot mystère. La caméra est partie prenante de la scène en étant également en mouvement avec le danseur…

 

Journée du mercredi 7 février

9h-12h

L’épisode neigeux se poursuit en région Centre-Val de Loire. Seuls dix élèves sont présents ce matin.

 

En salle Pierre Meunier, Nicolas leur propose un échauffement puis une reprise de l’écriture par le corps du mot DANSE, de l’écriture par le corps du mot « mystère » et de la phrase dansée commune.

 

Après la récréation, Nicolas propose aux élèves d’expérimenter in situ ce matériel chorégraphique. Les élèves font alors des performances sur le plateau sportif, dans le jardin, au foyer, dans le couloir, dans le bureau du Principal et même au quatrième étage de l’établissement, sous les toits, des lieux que les élèves découvrent avec émerveillement et que leurs danses feront découvrir au plus grand nombre d’élèves par la suite.

Journée du jeudi 8 février

9h-12h

Après l’épisode neigeux de ces derniers jours, c’est le froid qui s’abat sur Romorantin. Les transports scolaires ne circulent toujours pas. La classe « danse » compte douze élèves ce matin.

 

Le lycée Claude de France nous accueille dans sa très belle salle de danse. Nicolas propose aux élèves un échauffement puis des exercices de contrepoids et de déséquilibre. En fin de matinée, nos jeunes danseurs se défoulent avec « des gestes qui font mal » exécutés à distance bien sûr (mais avec le plus d’énergie et de conviction possible) !

 

 

14h-16h

Dans la salle Pierre Meunier

 

L’après-midi, Nicolas filme de petites performances individuelles : un mouvement, une partie du corps, à un endroit précis de la salle. Puis le groupe investit les caves du collège pour mettre en scène les duels de « gestes qui font mal ». La journée se termine par la projection des captations vidéo de la veille.

Journée du vendredi 9 février - dernier jour

9h-12h

Aujourd’hui, Nina Fourton de La Belle Orange et Claire, une jeune stagiaire, vont assister à l’atelier.

 

La matinée commence en salle Pierre Meunier avec  une petite heure d’échauffement.

 

Par la suite, Nicolas réunit les élèves autour de lui pour poser les différents temps de la restitution qui aura lieu l’après-midi même. On choisit les musiques, les mouvements, les temps collectifs, les temps de groupes… et on répète avec enthousiasme.

 

Nina et Claire font une interview de Lesly, Anaëlle et Ofélya, trois élèves volontaires pour partager leurs impressions sur cette incroyable semaine.

Nicolas, quant à lui, accepte de répondre aux questions des journalistes du « club Webradio » du collège.

14h-16h

La neige tombe avec intensité depuis 10h, recouvrant le sol d’un beau manteau blanc et inquiétant vivement les parents d’élèves ! Sur les douze élèves présents ce matin, seuls neuf sont au collège cet après-midi.

 

Il faut à nouveau adapter les groupes et repenser les mouvements ! Les élèves ont néanmoins très envie de proposer leur travail. Au gymnase Dalonneau, Nicolas règle les petits détails techniques puis l’on accueille le public pour une « ouverture d’atelier ».

Monsieur le Principal, madame la Principale adjointe, la presse, Nina et Claire de la Belle Orange, les élèves de 4ème B et C ainsi que des professeurs sont venus encourager les élèves.

La tension est à son paroxysme ! Les élèves nous offrent un beau spectacle puis Nicolas projette en simultané deux montages vidéo des captations de la semaine. Vient ensuite le temps des remerciements, des cadeaux, du goûter et des adieux.

 

MERCI Nicolas de nous avoir fait découvrir la danse contemporaine, de nous avoir sensibilisés à cet art,  d’avoir partagé ta passion, d’avoir été si disponible et si patient !

Textes rédigés par Carole Vauquelin, professeure de Lettres au Collège Maurice Genevoix 

Photos du dernier atelier - O9/02/2018